La main sur l’épaule ou leçons de leadership du GIGN.

Crédit photo : site GIGN.org

La main sur l’épaule ou leçons de leadership du GIGN

Il y a quelques mois, Bernard Thellier est intervenu lors du séminaire médical annuel de Capio France sur le thème de la communication au sein des équipes.

A l’issue de sa passionnante présentation (je vous le conseille vivement comme conférencier), il a accepté de se prêter au jeu des questions réponses, avec une assemblée conquise par la pertinence des analogies entre son (ex-)métier de négociateur au sein du GIGN et les leviers de la bonne communication en équipe.

L’une des questions portait sur le moment critique de l’assaut, la négociation n’ayant pas porté ses fruits : comment les membres de l’équipe pouvaient-ils trouver la force de pénétrer dans une pièce hostile où la mort les attendait peut-être ?

Sa réponse fut simple et lumineuse : grâce à la main sur l’épaule.

C’est ce concept que je vous propose de développer dans ce petit billet.

Que signifie la main sur l’épaule pour un membre du GIGN ?

C’est au sens propre un geste qui  signifie à l’équipier placé devant vous « je ne sais pas ce que nous allons trouver derrière la porte que nous allons forcer, mais ce que je peux te promettre, c’est que quand tu entreras, je te suivrai et j’entrerai avec toi. Tu ne seras pas seul, toi qui est « en frontal » et qui auras donc plus d’inconnu et de risque à gérer que moi ».

Ce pacte silencieux est ainsi perpétué du dernier au premier membre de la chaîne d’assaut, chacun venant placer sa main sur celui qui le précède, amplifiant par ce geste la solidité et l‘efficience de l’équipe.

Quelles leçons de leadership pouvons-nous tirer de cette métaphore de la main sur l’épaule ?

J’en vois personnellement deux principales, la confiance et le courage comme ciment de l’équipe. C’est donc une belle occasion de mettre en avant ces deux vertus souvent sous estimées et pas suffisamment pratiquées en entreprise.

Faisons d’abord le constat qu’il est impossible de réussir de grandes choses sans confiance en soi et sans confiance entre équipiers. Pas d’ambition sans confiance. Et pas de résultat sans ambition.

La confiance qu’on inspire aux autres n’est pas le fruit du hasard, elle se construit avec le temps. Selon Sartre elle « se gagne en gouttes et se perd en litres ».

La confiance « se reçoit » d’autant mieux qu’on en « donne » largement. La confiance que tu m’accordes est le reflet de celle dont je te gratifie. Elle ne se décrète pas mais se pratique au quotidien (apprendre à faire confiance) et se reproduit en cercle vertueux à partir de l’exemple vécu sous forme de  confiance « reçue ».

Avoir confiance en soi c’est  grandir dans ses fonctions et dans sa vie, se donner les moyens d’atteindre les objectifs professionnels et personnels qu’on s’est fixés ». Il n’est pas de grand leader, et de grandes réussites sans confiance en soi.

Faire confiance à l’autre, c’est déléguer, lâcher prise et permettre à l’autre de prendre des initiatives.

Avoir la main sur l’épaule du collaborateur ou du collègue, c’est être proche ; là en cas de besoin mais tout en lui laissant la possibilité de décider et d’agir seul. C’est être ni trop près (le micro-management étouffant) ni trop loin (le laissant seul face à ses problèmes). C’est être prêt physiquement ou mentalement à venir à l’aide quand c’est utile. C’est la juste distance et le juste moment. C’est par exemple préférer le feedback au contrôle qui, malgré l‘adage, ne fait plus bon ménage avec la confiance. Choisir la confiance c’est donc aussi combattre la défiance ambiante.

La confiance se renforce avec la préparation et la pratique. Même avec grande confiance et courage, personne n’aurait l’idée de mener un assaut sans la maîtrise de l’utilisation des armes. La confiance en son savoir-faire et son savoir-être. La confiance de chaque membre renforçant celle du groupe.

Trop peu de confiance nuit, mais trop de confiance est peut être pire. Savoir trouver l’alchimie du bon dosage est indispensable au leader.

La confiance est le carburant du courage, devenu indispensable dans le monde de l’entreprise (et pas que). L’avenir incertain est plus que jamais un pléonasme. Même si rares sont ceux qui prennent des risques vitaux en entreprise (heureusement), les situations où le courage est et sera indispensable ne manquent pas.

Dans le monde moderne, ce courage physique est souvent remplacé par le courage mental, par exemple celui du courage d’opinion, du courage de dire la vérité et d’agir malgré l’impopularité.  Un grand leader politique ou entrepreneur doit avoir ce courage.

Le courage d’explorer de nouveaux territoires, de sortir de cette fameuse zone de confort qui n’est en rien une sécurité car elle vous mène tout droit au dumping salarial ou à la disruption par plus aventurier que vous.

Cultiver le courage, c’est tolérer l’échec. Le droit à l’erreur est le meilleur antidote à la peur du risque. Et un échec dont on apprend n’en est presque plus un.

Courage et confiance vont donc de pair, je tire force de la confiance pour devenir courageux et mon courage alimente en retour ma confiance en moi et en l’équipe.

Le courage n’est pas d’agir sans peur mais d’agir  en apprivoisant sa peur. Sinon, il s’agit juste d’inconscience.

Un excès de confiance tout comme un excès de courage peut s’avérer  dangereux. Les membres du GIGN et les cascadeurs qui côtoient la mort cherchent à réduire le risque et n’ont rien de casse-cou.

Une équipe en bon équilibre cultive donc sa confiance pour avoir le courage d’agir. Nul besoin d’être expert pour comprendre qu’elle réussira mieux.

La main sur l’épaule est la métaphore qui nous permet de nous rappeler au quotidien le pouvoir de la confiance et du courage pour renforcer votre leadership.

Faites un petit test.

Vous faites-vous confiance ? Inspirez-vous confiance ?

Faites-vous confiance en vos équipes ?

Agissez-vous avec courage ?

Cultivez-vous confiance et courage dans vos équipes ?

Pouvez-vous spontanément citer des exemples qui le démontrent ?

Que pourriez-vous faire dès demain pour poser (symboliquement ou physiquement), la main sur l’épaule de vos collaborateurs ?

Et comme être parent est la plus difficile des missions, n’oubliez pas de poser votre main sur l’épaule de vos enfants !

Merci pour vos commentaires.

 

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2 réflexions sur “La main sur l’épaule ou leçons de leadership du GIGN.

  1. Très riche et très humaine réflexion sur la confiance et le courage aux champs d’application nombreux, par exemple également pour la relation parents / enfants ou dans l’amitié.

    Aimé par 1 personne

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